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Sauvage et rugueuse : autopsie d’une première TDS

Temps de lecture : 10 minutes

photo : Yann Théodin

Hasard du calendrier, un an jour pour jour après une première expérience en montagne sur l’Échappée Belle, je me présentais sur la TDS, l’une des courses de l’événement mondial du trail : l’UTMB.

Et il y a eu des similitudes un peu « malheureuses » entre ces 2 épreuves comme vous allez le découvrir, ainsi que de vrais enseignements.

Pourquoi la TDS ?

En vue de préparer au mieux la Diagonale des Fous, je voulais faire un ultra montagnard cet été afin de me confronter au dénivelé que je ne connais pas dans ma tendre Bretagne, et passer sur une distance plus longue que ce que j’avais fait jusqu’à présent.

Je ne le cache pas, cette course n’était pas mon premier choix. Je m’étais plutôt focalisé sur la CCC et un parcours de 100 kilomètres réputé moins compliqué.

Mais lors de la terrible et sélective inscription aux courses de l’UTMB, je me suis rendu compte que mon pourcentage de chances était bien plus élevé sur ce format de 145 kilomètres tracé autour du Mont-Blanc. Cela s’avérera une réalité quelques semaines plus tard.

Il y avait aussi quelques avantages à choisir cette épreuve en vue de mon objectif de fin d’année :

👉 un parcours réputé technique et rugueux, ce qui correspond bien à ce que j’affronterai à La Réunion

👉 une distance plus imposante que ce que j’avais connu jusqu’à présent et se rapprochant des 166 kilomètres qui traverseront l’île

👉 un fort dénivelé (9100 m de D+ et autant de D-) également proche de ce que je vais découvrir

👉 la possibilité de passer une nuit dehors et de voir comment mon corps réagira face à cette inconnue

Un petit mot de ma préparation : je n’ai pas trop changé mes habitudes par rapport à cela. J’ai essayé d’équilibrer au mieux entre volume, qualité, entraînement croisé et quelques courses de préparation depuis mon premier objectif de l’année qu’était l’Ultra Trail des Monts d’Arrée. J’ai tout de même inséré une semaine à Annecy, où j’aurai bien mieux encaisser le dénivelé que l’année précédente, afin de me familiariser avec la montagne.

//📖À lire aussi : Voyage rythmé au sein des « sommets » bretons.

Un autre point : malgré le fait qu’ils soient interdits sur le Grand Raid et après une longue hésitation, j’ai fait de choix de partir avec les bâtons pour essayer d’économiser tout de même un peu d’énergie pour la suite.

Viva Italia

Mardi 24 août 2021, après un passage en voiture un peu compliqué sous le tunnel du Mont-Blanc, je me présente avec ma petite famille (qui aura été essentielle tout au long de cette course) à Courmayeur, lieu de départ de cette TDS qui marque le renouveau de l’UTMB après une annulation en 2020 liée à la Pandémie.

Je suis dans le premier SAS derrière la flopée d’élites que je voyais jusqu’à présent plus dans les articles que je lis. Conséquence des perturbations au Tunnel du Mont-Blanc que j’évoquais plus haut, le départ sera décalé à 15h30. Bon, j’aurai fait un échauffement juste pour le plaisir du coup.

La tension est assez palpable mais la joie d’être là aussi. Pour ma part, pas de stress particulier. Et pourtant quelques jours avant j’avais pas mal d’appréhension. Peut-être un peu de peur aussi. Je me suis fixé un objectif bien sûr, mais étant totalement novice sur ce type de profil, je n’ai aucune idée de savoir s’il est trop ambitieux ou pas. La phrase est bateau, mais mon but premier est de finir et d’engranger de l’expérience, moi qui suis plutôt habitué à des sentiers où l’on « court ».

Après un discours de l’organisation, le « chauffage de salle » de Ludovic Collet et la musique envoutante de l’épreuve, ça y est nous nous élançons à travers les rues de la station de ski italienne.

photo : Yann Théodin

1 an après l’histoire se répète

Je pars avec une foulée assez rythmée, afin de me sortir du peloton, mais pas trop car je sais que 1000 de dénivelé positif nous attendent dès le 2/3ème kilomètre !

Et ça y est déjà. Les bâtons se déplient, sauf pour certains coureurs comme Benoit Girondel, le double vainqueur de la Diagonale, qui n’en utilise pas.

Me concernant, et bien je bâtonne comme on dit, essayant de trouver la meilleure utilisation possible en ce début de course car ça n’est pas encore quelques chose d’habituel pour moi. Je marche déjà, car mon ambition sur ce début de course est de surtout me préserver jusqu’au 50ème kilomètre et Bourg Saint Maurice pour attaquer « frais » la 2ème partie de course réputée très difficile. Je suis assez satisfait car j’arrive à ne pas trop me faire aspirer comme c’était le cas par le passé.

Après cette première difficulté arrive une partie plutôt roulante le long du Lac Combal où je peux tranquillement relancer avant d’attaquer le Col Chavannes.

Jusqu’ici tout va bien. J’oscille autour de la 55ème place tout en préservant les batteries.

Puis arrive une longue et plutôt facile descente. On m’a prévenu « n’envoie pas trop, même si c’est tentant, afin de préserver tes quadriceps pour la suite ». Je m’efforce donc d’appliquer ce précepte à la lettre en constatant qu’effectivement j’ai envie de mettre des watts. Mais non, je me contiens et me mets même à discuter avec certain.e.s concurrent.e.s. Et la grosse erreur de ma course se situe peut-être là… À force d’être à l’aise, je me suis sans doute déconcentré et au 25ème kilomètre, exactement au même kilométrage qu’il y a un an jour pour jour, je me prends dans  un caillou, trébuche, et chute. Tout de suite la douleur qui émane de ma côte ne laisse pas de place au doute. Je la connais. Comme 365 jours auparavant, elle est fêlée… Sauf que là c’est pas 60 mais 140 kilomètres qu’il reste à fouler. Peu importe, je me relève et me remets à courir même si je sais que le handicap sera présent jusqu’au bout. Si j’y arrive. Je sens aussi qu’un de mes doigts me lance, il doit être luxé. Mais on court avec les pieds, et cette blessure je l’ai connu des dizaines de fois du temps où j’évoluais entre les poteaux blancs d’un but de foot. Je m’en accommoderai. Par contre je regarde ma main gauche. Elle est couverte de sang. Pour le moment je ne m’en soucie pas, on verra plus tard.

//📖À lire aussi : L’Échappée Belle, une première rencontre avec la montagne.

Je continue mon chemin vers le prochain ravitaillement tout en montant le Col du Petit Saint Bernard et en ayant perdu pas mal de places dans cette histoire. Ma côte me lance, mais je pense aussi qu’inconsciemment une part de confiance s’est envolée. Enfin arrivé à Séez, cette partie marque le début de la nuit, une nouveauté pour moi. Et celle-ci est accueillie par un bel orage.

Le tournant

Je pars donc sur cette partie en attendant de voir à quelle sauce je vais être mangé. Cela se passe plutôt bien au final dans ce démarrage nocturne. Je descends jusqu’à Bourg Saint Maurice au kilomètre 50 plutôt sereinement en ayant toujours en tête de garder quelques forces, même si j’ai déjà entamer le capital avec ma chute.

Après une traversée plutôt agréable de la ville, je rejoins Émilie et les filles en ayant grappillé quelques places et en ayant tout de même le sentiment d’être assez « frais » pour entamer le monstre annoncé sur la partie suivante. Étant trempé jusqu’aux os, je change ma stratégie qui était de me changer à Beaufort pour le faire dès maintenant. Une fois au sec, je regarde cette main qui était ensanglantée et la vision que j’ai ne me rassure pas vraiment. Une belle entaille est présente… On me conseille d’aller voir le médecin. Je n’ai pas vraiment d’hésitations et ne négocie pas une seconde, car ça ne reste que du sport et la santé prime. Une fois arrivé dans le local médical le verdict tombe : il faut recoudre.

Je m’exécute. 2 points de suture et 45 minutes plus tard je ressors. Mais maintenant c’est sûr ma course ne sera définitivement plus la même. J’ai perdu beaucoup trop de temps et de places.

D’un objectif prévu j’en invente un autre pour entretenir ma motivation sur le long chemin qu’il me reste à emprunter. Fini mon rêve de temps, place maintenant à terminer cette course et engranger un maximum d’expérience pour la Diagonale des Fous.

Un coup d’oeil un peu abattu tout de même à ma petite famille qui commençait à s’inquiéter de ne pas me voir sortir. Je m’élance alors dans l’enfer promis durant les 40 prochains kilomètres en me répétant cette phrase que mon ancien coach Diego Alarcon m’avait soufflé « ce qui est perdu ne sera jamais rattrapé, il faut juste penser à faire sa course ».

Une nuit sans plaisir

Autant le dire tout de suite, je n’ai pris quasiment aucun plaisir sur tout ce qui a séparé ma sortie de la première base de vie au lever du jour et mon arrivée sur la seconde à Beaufort.

Cette partie aura commencé par quasiment 2000 mètres de dénivelé positifs dans lesquels j’aurai tout de même repris pas mal de coureurs. Au bout de cette montée interminable ponctuée de certains passages très techniques et minéraux, nous basculons dans la descente en commençant par franchir le Passeur de Pralognan. Passage qui sera tristement célèbre sur cette édition en provoquant la chute et le décès d’un coureur, et en neutralisant 1200 coureurs au sommet. Par « chance » j’ai pu pour ma part passer et continuer mon aventure. Mais cette triste nouvelle apprise à la fin et faisant partie des risques de ce sport outdoor me marquera forcément.

Après ce passage sinueux, très technique et agrémenté de cordes pour nous aider à « dévaler » la pente, arrivera très bientôt le Beaufortain. Et autant le dire pour le petit breton aimant courir que je suis. Et bien je n’ai pas couru dans ce champs de cailloux… Ce fut un passage très long pour moi. On ne m’avait pas menti ce 2ème bloc de 40 kilomètres est une épreuve ! Aussi bien physique que psychologique.

Il est maintenant temps de redescendre vers Beaufort, 2ème gros ravitaillement avec assistance situé au kilomètre 90. Une longue descente de 1400 mètres de dénivelé négatif.

Et avec l’arrivée du petit jour arrive aussi un autre problème majeur… Mes quadriceps me lâchent de plus en plus à chaque foulée jusqu’à ce que je ne puisse plus courir du tout. J’avais pourtant fait attention. Mais je m’aperçois là que je manque encore d’expérience et musculature pour ce genre d’épreuve.

Après un long chemin de croix, j’arrive tant bien que mal à Beaufort les larmes au yeux tellement j’ai mal. Et surtout, il n’est pas encore question d’abandonner, mais je ne vois pas comment je peux encore exécuter 55 kilomètres dans ces conditions. D’autant qu’il reste à ce moment encore 3500 mètres de dénivelé négatif…

photo : Yann Théodin

L’importance et la magie de l’assistance

Je rentre dans la base de vie au 6ème dessous. Je viens de passer 9 heures quasiment en « enfer ».

Et là, la magie opère. Émilie me réconforte et trouve les bons mots. Le regard des filles à qui j’ai promis d’arriver sous l’arche de Chamonix que nous voyons depuis plusieurs jours me redonne petit à petit de la force. Je m’arrête un peu plus longtemps que prévu pour faire le vide de ce que je viens de vivre et m’alimenter. Puis je repars. En marchant d’abord puis en courant ensuite ! Chose qui était impossible 30 minutes auparavant. Arrive ensuite une portion de dénivelé positif où le feu revient en moi. J’avance. Je double pas mal de concurrents qui m’avait « déposé » dans la descente de Beaufort. Le plaisir revient.

Je continue ensuite jusqu’à Hauteluce où je ne cesse de courir. Et un rythme plutôt soutenu au vu de mon état et après 100 kilomètres. Je grappillerai encore 25 places sur cette partie jusqu’à Contamines Montjoie, lieu de mes prochaines retrouvailles avec ma famille.

C’est sur cette partie que j’ai pu voir la magie de l’ultra ! D’un état chaotique, j’ai retrouvé une seconde vie. Bien sûr j’avais fait le deuil des descentes en me disant que j’appuierai plus en montée et sur le plat. Bien sûr ma côte m’handicape à chaque relance. Mais peu importe mon corps me fait comprendre que je lui en ai laissé assez pour sans doute aller jusqu’au bout.

photo : Marie Poligné

Une dernière difficulté épique, puis la délivrance

J’arrive donc sur cette dernière base de vie avec une émotion accentuée par la fatigue de revoir Ambre, Ines et Émilie. Je prend le temps de manger une crêpe. Incroyable le bien que ça peut vous faire après 120 bornes !

La fin est proche. Le défi, enfin un peu remasterisé, est en passe d’être gagné. Mais avant ça il reste un morceau, et quel morceau : le Col de Tricot. Un « mur » de 700/800 de dénivelé positif très raide, en plein soleil, et arrivant après 130 kilomètres.

C’est aussi le moment où je connais un coup de moins bien. Pas mentalement où je me dis que même en rampant j’arriverais maintenant à Chamonix, mais physiquement. Je sens l’énergie me fuir comme l’air dans une bouée de plage trouée. Je pense qu’en forme, c’est un endroit où j’aurai pu faire encore quelques différences. Mais ça n’est pas le cas. Je m’évertue donc à monter coute que coute au gré d’un pas aussi régulier que possible.

Le sommet arrivé je reperds quelques places dans la descente où mes quadriceps me font toujours autant souffrir. Mais des Houches, lieu du dernier ravitaillement, jusqu’à Chamonix je sais qu’il reste 8 kilomètres très roulant. Je décide donc d’enclencher un dernier effort en profitant de mes qualités de coureur/relanceur breton ! Et je remonterai 5 places ainsi pour arriver sous la mythique arche de la place du Triangle, que je m’étais refusé de franchir jusque-là par superstition, à la 75ème place en 26h45. Et le tout coiffé du Gwana Du et accompagné de ma petite famille. Et c’est sans doute là l’essentiel !

Alors bien sûr tout ne s’est pas passé comme prévu. Je ne le cache pas, j’en sors avec un sentiment mitigé. Mais un ultra ne se passe jamais comme prévu. J’avais l’ambition de tourner autour de 24h. Je n’y suis pas arrivé. Mais je pense avoir engrangé de l’expérience sur ce format très nouveau pour moi. Et j’ai surtout la sensation que ça n’est pas irréalisable.

Place maintenant à un autre morceau qui m’attend sur l’île de La Réunion. Avec une période nouvelle pour moi où il va falloir jongler entre récupération et préparation pour ce périple de 166 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif qui se fera cette fois sans bâtons pour ajouter un peu plus de piment…

 

My trail friends.

// 👟Chaussures : Altra Lone Peak 5 Chamonix & Altra Olympus 3.5 //

// 👕Textile : Altra & Patagonia & Kinetik //

// 🎒Sac : Patagonia Slope Runner 8L //

// 🧦Chaussettes : Stance //

// 🍫Nutrition : Baouw, Apirun & fait maison //

// 🥤 Boisson isotonique : Hydrascore //

// ⌚️Montre : Coros Vertix 1 //

// 🧤Gants : Verjari //

// 🔦Frontale : Petzl Nao+ //

 

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