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Voyage rythmé au sein des « sommets » bretons

Temps de lecture : 7 minutes

photo : Landi Club

10 mois que je n’avais pas senti le parfum si particulier d’un ultra trail. Cette douce appréhension de l’évènement. Ces moments où l’on se pose la question de savoir ce qui va nous arriver sans pouvoir y répondre. Car oui, chaque ultra est une aventure en soit. On peut le préparer du mieux possible, il nous arrive toujours des choses qui étaient imprévisibles. Et ce fut encore le cas pour cette magnifique course de reprise qu’a été l’Ultra Trail des Monts d’Arrée (85 kilomètres et 20 de dénivelé positif).

85 kilomètres pour un parcours « surprise »

C’est envahi d’incertitudes que je me présente donc le 27 juin sur la ligne de départ à Huelgoat. Il est bientôt 7h. Je me sens en forme avec de bonnes sensations. Mais aussi accompagné d’une multitude de doutes dû à ce manque de compétitions et donc de repères. J’essaie de me rassurer en constatant que je n’ai rien lâché durant la période que nous vivons. Mais mon manque de confiance inné me fait aussi douter sur ma progression, du moins sur le maintien de mon niveau.

2 semaines auparavant j’ai bien participé à une course de 21 kilomètres qui ne s’est pas forcément passée comme je l’aurai souhaité. Non pas du côté de la performance où je me suis rendu compte une nouvelle fois que ça allait beaucoup trop vite pour moi sur ce type de distances (cependant étant breton et têtu, je suis sûr que je m’y essaierai à nouveau). Mais plutôt du fait de problèmes gastriques assez importants… Rien de rassurant pour défier 85 kilomètres 15 jours plus tard.

Ne sachant absolument pas à quoi m’attendre non plus du côté du profil, à part que l’on passera par le plus haut « sommet » breton et ayant glané quelques infos en écoutant le podcast de Redek, je table sur une moyenne de 5’15/5’30 au kil, ce qui me paraît déjà pas mal. C’est d’ailleurs les temps de passage que j’annonce à ma petite famille qui fera mon assistance.

3,2,1 le départ est lancé.

Une stratégie de départ respectée

Trop souvent, mon défaut est de partir très vite. Trop vite. Ça m’a souvent joué des tours. Et pourtant les rares fois où j’ai été sage, c’est là que mes meilleurs résultats sont arrivés. Malheureusement je continue à faire l’erreur ! Mais pas cette fois !

En effet, je décide de faire tout de même un départ rythmé pour ne pas me retrouver coincé dès que nous entrerons dans les sentiers, mais je me tempère. C’est peut-être aussi dû au fait que le peloton ne part si vite que cela (nous sommes tout de même à 4’20 au kil, mais très loin des 3’30 que j’ai pu connaître parfois !).

Nous entrons dans les sous bois près du lieu de la Roche Tremblante, et étant plutôt à l’aise je me place aux avant postes en prenant le temps de papoter un peu avec Sylvain Morin. Nous sommes tous les deux heureux de pouvoir à nouveau nous croiser avec un dossard sur le maillot.

Quelques kilomètres plus loin, accompagné d’un autre participant, il accélère comme à son habitude. Je décide de ne pas emboîter le pas car il m’a trop souvent fait exploser. Un premier bon point ! Pour une fois je sens que je vais faire ma course et pas la course contre les autres. Je m’insère donc dans le groupe de poursuivants où nous sommes 4 dont Vivien Laporte. Connaissant son expérience je décide de me mettre dans son rythme tant que je le pourrai car il me semble en parfaite gestion. Et je sais qu’il ne sera pas bien loin de la victoire dans quelques heures.

Le juge de paix en ligne de mire

Nous avançons donc ensemble jusqu’au premier ravitaillement qui se situe environ au kilomètre 20. C’est là que le petit groupe commence à se fracturer. Vivien semble avoir un peu accéléré et se détacher. Pour ma part je conserve mon rythme, mais constate que je sème de plus en plus mes 2 autres acolytes. C’est donc ici que va commencer ma course en solo. Et c’est finalement presque ce que je préfère en ultra. Ces moments où l’on est seul avec soi même et où l’on doit apprendre à s’autogérer.
Et se préserver j’y pense depuis le départ. En effet j’ai bien noté que les principales difficultés de ce parcours se situeront entre le 30ème et le 55ème kilomètre.

Mon but : arriver le plus frais possible au départ de cette portion. Un coup d’oeil sur ma montre, nous sommes tout de même à 4’35 au kil de moyenne, mais je n’ai pas l’impression d’avoir trop piocher dans mes réserves. Un coup d’oeil derrière, je semble me détacher. Je suis donc en bonne position pour acquérir la médaille en chocolat. Continuons et nous verrons bien car le chemin est encore long !

Encore et toujours du rythme au sein d’une belle carte postale

Nous y arrivons ! Et très vite je double le participant qui était parti dans le duo de tête au sein des petits singles qui nous mèneront jusqu’à la Montagne Saint-Michel, qui nous offre un incroyable panorama par ailleurs. Je lui glisse un petit mot d’encouragement, mais il semble payer sa stratégie d’avoir voulu suivre Sylvain. Une sensation que je connais !
Le parcours est plus technique que le premier tronçon, mais je suis surpris devant le fait que l’on peut toujours courir. Et courir tout le temps ! Et tout le temps à un rythme élevé ! Cela m’inquiète un peu car ça n’est pas les allures que j’ai pu connaître sur mes précédentes expériences en ultra. La question est donc : je me sens très bien, plutôt en aisance, mais est-ce raisonnable de continuer à cette vitesse pour parcourir 85 kilomètres ?

N’ayant pas l’impression de trop forcer, je décide de poursuivre comme ça jusqu’au prochain ravitaillement qui se situe au 57ème kilomètre. C’est le moment de retrouver Émilie et mes 2 filles qui font mon assistance. À nouveau un énorme merci à elles au passage, car elles sont parties intégrantes de ma course et me permettent de gagner de précieuses secondes en plus de me donner du courage et une dose supplémentaire de motivation.

photo : Landi Club

Une petite baisse de régime légitime

Il reste maintenant une trentaine de kilomètres. Le plus dur est derrière moi, mais je sens quand même que le dernier tronçon a laissé quelques traces. Je connais un léger coup de mou. J’en ai l’habitude, c’est la dure loi de l’ultra et c’est souvent aux alentours de ce kilométrage que ça m’arrive. Pour autant je ne me sens pas vidé comme 1 an et demi auparavant sur l’Endurance Trail des Corsaires où il m’était devenu compliqué d’enchaîner les foulées durant 20 à 30 kilomètres.

//📖À lire aussi : L’Endu’Rance Trail des Corsaires, quand les éléments se déchaînent.

Nous sommes dans une partie plutôt humide maintenant et je remarque que je continue à tenir une allure se situant entre 4’30 et 4’45 sur les parties roulantes. Je me rassure donc en me disant que les autres aussi doivent commencer à connaître un semblant de fatigue et que si je continue à maintenir ce rythme en gérant un peu plus les parties montantes et techniques ça ne reviendra pas.

J’arrive tranquillement au ravitaillement du 70ème. Ma montre indique toujours une moyenne aux alentours des 4’50… Ça me paraît tellement fou… Il reste 15 kilomètres et les écarts sont là. Le duo de tête est à 6-7 minutes et mes poursuivants à plus de 10 minutes. Sauf blessures ou défaillance je me dis que les dés sont jetés. Je repars donc avec l’idée de faire attention au parcours et de gérer au mieux cette fin de course avec les forces en présence.

photo : Landi Club

Une fin haletante

Les foulées s’enchaînent afin de revenir à Huelgoat. La fatigue est là, mais les successions de passages boueux, sentiers forestiers et petites bosses continuent de passer sans trop de problèmes.
J’avance sans me prendre la tête. Je sais que maintenant j’ai les cartes en main pour monter sur le podium.

Le 80ème kilomètre se présente avec en ligne de mire les 5000 derniers mètres, à peu près 5000 foulées, moi qui en ai déjà fait 75 000 environ ! Je croise Émilie ainsi que quelques amis, et ils m’annoncent que le 2ème n’est plus qu’à 1 minute !

Cela ne me fait ni chaud ni froid sur le coup. Sans doute la fatigue grandissante et la lucidité en baisse. Je continue dans ma ligne directrice : maintenir une allure sur le plat et gérer tranquillement ce qu’il restera de difficile.

Mais 1 à 2 kilomètres plus loin, je rejoins Sylvain. Il semble dans le dur. Je le double et comme à mon habitude lui glisse un mot d’encouragement. Il me demande si c’est loin derrière. Je lui répond que oui. Et là j’ai pu m’apercevoir qu’il me restait encore un palier à franchir. Alors que je pensais qu’il ne me suivrait pas, il a fait preuve d’un mental incroyable pour rester dans mes pas.

Nous continuons donc de faire route ensemble jusqu’à la ligne d’arrivée en croisant nos assistances respectives qui nous poussent à nous dépasser. Cela semble à nouveau donner un énorme coup de boost à Sylvain. Pour ma part je sens clairement que je peux encore tenir ce rythme sur de nombreux kilomètres mais que je ne pourrais pas par contre accélérer si les évènements nous y obligent.

Après une dernière partie assez joueuse, ce que je sentais arriva. Sylvain pose une accélération sur le dernier kilomètre, et je me sens à ce moment incapable de le défier au sprint. D’ailleurs, sachant que ça n’a jamais été mon fort je m’avoue vite vaincu. Mais avec le recul, je me dis que peut-être j’aurai pu me faire un peu plus mal… Un point de progression pour la suite.

Il reste donc 800 mètres, les jeux sont faits. Vivien est arrivé depuis longtemps… « Vivien est en tête, il va bientôt franchir la ligne » entends-je de la part du speaker… Comment ça il n’est pas encore victorieux de cet ultra ? Je me rends compte que nous lui avons repris énormément de temps. Au final, nous finirons donc tous les 3 dans un mouchoir de poche de 1’50. Chose peu commune pour un ultra. Et je suis heureux de coller 2 monstres du trail breton.

Je passe la ligne accompagné de ma fille Ambre, rejoint bientôt par mon autre fille Ines. Et c’est peut-être là que s’est situé le plus beau moment.

Pour ma part, une fois de plus l’aventure ne s’est pas déroulée comme je l’avais prévu. Mais dans le bon sens. En effet, je boucle cette course avec une moyenne de 4’55 au kil… Je n’aurai jamais cru que je pourrai tenir cela. Comme quoi tous les efforts consentis pendant cette période compliquée ont été bénéfiques.

Après ce premier objectif de la saison réussi, je change de cap pour découvrir maintenant 2 énormes morceaux où les ambitions seront bien sûr bien moindres : la TDS et le Grand Raid de la Réunion ! Le but sera d’appréhender la montagne et apprendre en donnant tout pour terminer ces 2 nouvelles expériences.

My trail friends.

// 👟Chaussures : Altra Timp 2 //

// 👕Textile : Altra & Patagonia //

// 🎒Sac : Patagonia Slope Runner 8L //

// 🧦Chaussettes : Stance //

// 🍫Nutrition : Baouw, Apirun & fait maison //

// 🥤 Boisson isotonique : Hydrascore //

// ⌚️Montre : Garmin Fenix 5 //

 

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